Yvette (Carbonet) Regrain 1934-2013

En 2012,  mon amie française, Yvette (Carbonet) Regrain  que je connais depuis six decennies est décédée.  Ci-dessous, vous pouvez lire mon eulogie en Français et en Anglais avec plusieurs photos prises au fil des années.  J’ai envoyé cette eulogie à Marguerite, la sœur d’Yvette après avoir  reçu les nouvelles  tristes de sa mort imprevue.

During 2012, my lifelong  French friend Yvette (Carbonet) Regrain passed away.   Below I am posting my eulogy of her in  French and English along with some photos taken over six decades.  I sent this eulogy to Marguerite, Yvette’s sister after receiving the sad news about her unexpected death.

J’ai décidé de vous écrire tout d’abord, parce que c’est un moyen qui me convient mieux pour exprimer nos pensées et nos sentiments à l’annonce de la mort soudaine d’Yvette.  Nous avons été bouleversés de recevoir cette nouvelle.   Et je suis profondément reconnaissante à Jean-Yves d’avoir pensé à nous.

Mes très  chers amis, notre famille française, veuillez accepter nos condoléances les plus sincères.  Recevez nos pensées, nos prières et notre amour.  Les mots sont dérisoires  en de telles circonstances et je veux que vous sachiez combien nous vous aimons et vous apprécions.  Notre amitié est solide et durera l’éternité.    

Au fil des années, nous avons glané et nous gardons à tout jamais tant de souvenirs chaleureux et amusants d’Yvette et de  Dédé, qui était un homme enthousiaste et généreux,  et qui aimait Yvette d’un amour profond.

Je peux dire sans réserve qu’Yvette a complètement changé ma vie, plus qu’elle ne l’a sans doute jamais imaginé. Je suis entrée au lycée à l’âge de dix ans et demi au pays de Galles. C’est là que  j’ai commencé à étudier le français, qui n’était certainement pas mon cours préféré. La notion de genre était un concept tout à fait nouveau et indigeste pour moi – le fait que les mots français soient masculins ou féminins, sans parler des verbes irréguliers diaboliques et de la liste interminable d’exceptions à la règle !  Mais quand j’avais 12 ans, mon professeur nous a proposé de correspondre avec des élèves françaises. J’étais très heureuse de recevoir les coordonnées d’une certaine Yvette Carbonet ; je lui ai écrit tout de suite et elle m’a répondu immédiatement. À partir de ce moment historique, nous nous sommes écrit au moins deux fois par mois en échangeant des photos, des cartes postales et des cadeaux.  J’ai bientôt vite souhaité rencontrer ma correspondante  et mon intérêt grandissant pour le français est rapidement devenu une véritable passion. J’ai commencé à dévorer le dictionnaire français (pas littéralement !) ; je me plaisais à apprendre des expressions idiomatiques ; j’avais même des conversations imaginaires avec Yvette.

C'est la premiere photo que j'ai reçue d'Yvette (à droite) avec Marguerite en 1949 This is the first photo I received of Yvette (on the right) with Marguerite in 1949

C’est la premiere photo que j’ai reçue d’Yvette (à droite) avec Marguerite en 1949
This is the first photo I received of Yvette (on the right) with Marguerite in 1949

L’année de mes 13 ans, mon professeur de français, Mlle Thorne, redoutable mais remarquable enseignante, a  organisé un séjour d’initiation au ski de dix jours aux  Houches, dans la vallée de Chamonix.  J’ai annoncé à Yvette que nous allions passer par Paris et que nous aurions 3 heures d’attente à la gare St-Lazare. Par retour de courrier, Yvette a répondu qu’elle tenait à me voir et que son père offrait de la conduire de Montluçon à Paris, soit près de 340 kilomètres, pour que nous puissions nous rencontrer et passer quelques heures ensemble.

Nos familles, la mienne et celle d’Yvette, ont joué un rôle important et ont activement contribué au succès de notre amitié. Nous étions de milieux modestes, mais comme ils l’ont démontré à cette occasion et beaucoup d’autres, nos parents étaient prêts à tous les efforts pour nous aider et promouvoir notre éducation. Je mesure le sacrifice financier que représentait ce voyage pour mes parents. Et M. Carbonet n’avait pas hésité non plus à prendre la route en plein hiver pour permettre cette brève rencontre.

Grace, Marguerite et Yvette à Trafalgar Square à Londres,1952 Grace, Marguerite and Yvette in Trafalgar Square, London, 1952

Grace, Marguerite et Yvette à Trafalgar Square à Londres, 1952
Grace, Marguerite and Yvette in Trafalgar Square, London, 1952.

Cette première rencontre avec Yvette m’a enthousiasmée. Ce fut l’événement phare de ma visite en France.  Plus que jamais, je tenais à ce qu’Yvette vienne passer les grandes vacances chez nous.  En prévision de sa visite, je me suis investie à fond dans mes cours de français et je suis devenue l’élève la plus motivée de la classe – la plus motivée que Mlle Thorne ait connue de toute sa carrière. Je voulais parler français coûte que coûte, et je redoublais d’imagination pour atteindre mon objectif.  J’habitais une ville portuaire où accostaient régulièrement des bateaux français venus approvisionner en minerais de fer l’aciérie de Port Talbot, la plus grande aciérie d’Europe.  Il y avait très souvent des marins français qui flânaient le long de la rue principale de notre ville. Je n’hésitais jamais à entamer la conversation et à leur poser des questions générales en français. Peu à peu, j’ai gagné en confiance et en audace. Mes parents m’avaient bien avertie de ne jamais parler aux étrangers… mais la grand-rue était toujours très fréquentée et je ne courais aucun danger.

Grace et Yvette à Port Talbot, au Pays de Galles, 1952. Grace and Yvette in Port Talbot, Wales, 1952

Grace et Yvette à Port Talbot, au Pays de Galles, 1952.
Grace and Yvette in Port Talbot, Wales, 1952

De la même façon, je n’hésitais pas à entamer aussi la conversation avec un Breton qui faisait du porte-à-porte pour vendre ses chapelets d’oignons.  Yves, son frère Louis , leurs epouses et leurs enfants vivaient six mois en Bretagne à leur ferme où  ils cultivaient des oignons et six mois au Pays de Galles où ils les vendaient.  Yves m’a invitée chez lui pour rencontrer sa famille et dès cette époque, je passais souvent le samedi matin avec ces Bretonnes à leur parler tandis qu’elles préparaient les chapelets d’oignons.    Autant d’occasions  d’améliorer mon français. Tous les jours, avant d’aller au lycée, j’écoutais Radio Luxembourg, qui diffusait les chansons françaises populaires des années cinquante : La Mer, Les Feuilles Mortes, Clopin-clopant, Mexico, Le Fiacre et le répertoire de Piaf, Yves Montand, Tino Rossi etc. J’achetais ensuite les disques phonographiques que je passais à notre phonographe antique! Puis je demandais à Yvette de me procurer les paroles de mes chansons préférées. Toujours généreuse, elle m’envoyait les partitions – paroles et musique. Je pouvais donc les apprendre par cœur et les chanter en m’accompagnant au piano.  C’est Yvette qui m’a aidée et encouragée à améliorer mon français.  Sans elle je n’aurais jamais atteint mon but. Elle était mon inspiration. Elle m’a fait aimer et apprécier la  France et tout ce qui est français.  Je l’entends  encore fredonner “Quand nous chanterons le temps des cerises.”

En1952, mon rêve s’est réalisé. J’étais aux anges. J’ai pris le train toute seule pour Londres pour accueillir Yvette et sa sœur Marguerite en gare de Victoria.  Une amie londonienne de mes parents nous a invitées toutes les trois à passer quelques jours chez elle et nous a servi de guide.  Après un séjour très intéressant, nous avons pris le train pour le pays de Galles, où mes parents nous attendaient impatiemment.  Marguerite est partie chez sa correspondante, mais ne s’y est pas sentie à l’aise ; mes parents l’ont donc invitée à rejoindre sa sœur chez nous.

Grace, Marguerite et Yvette au jardin des Franklin, 1952 Grace, Marguerite and  Yvette in the Franklin garden, 1952

Grace, Marguerite et Yvette au jardin des Franklin, 1952
Grace, Marguerite and Yvette in the Franklin garden, 1952.

Comment décrire la joie et  le plaisir de ces six semaines passées ensemble ! Nous nous sommes formidablement bien entendues et ce fut le début d’une amitié qui nous lie aujourd’hui encore. Nous n’avions pas d’automobile ; mon père emmenait Yvette et Marguerite à tour de rôle sur sa moto. Mes parents les ont chaleureusement reçues et se sont vite pris d’affection pour ces deux gentilles petites Françaises.

En 1953, j’ai eu le bonheur de passer plusieurs semaines à Montlucon.  Je n’aurais pu souhaiter mieux.

Yvette avec ma mère, 1952. Yvette with my mother, 1952.

Yvette avec ma mère, 1952.
Yvette with my mother, 1952.

Tout comme mes parents l’avaient fait pour leurs filles, M. et Mme Carbonet m’ont chaleureusement accueillie et m’ont offert des vacances gravées à jamais dans ma mémoire.

Tous les dimanches, à midi, la troupe des Troubadours  Montluçonnais dirigée par Gaston Riviere presentait ses spectacles de danses et de musiques traditionnelles dans toute la région. Yvette et Marguerite faisaient partie des danseurs et Yvette jouait de la vielle.

Pour moi, c’était une expérience unique et je me réjouissais de les voir évoluer,  les femmes surtout, dans leurs costumes pittoresques et leurs coiffes exquises.

Yvette, Grace, Marguerite 1953

C'est la maison d'Yvette et de Marguerite où j'ai passé un mois formidable en 1953. This is Yvette and Marguerite's where I spent a marvellous month in 1953

C’est la maison d’Yvette et de Marguerite où j’ai passé un mois formidable en 1953.
This is Yvette and Marguerite’s where I spent a marvellous month in 1953.

La troupe dansait souvent sur des estrades de bois  ou des pavés et le bruit des sabots marquait la cadence.  Je savourais chaque instant.  J’ai gardé précieusement les disques que j’ai rapportés de ce voyage et je peux encore les écouter sur mon vieux phonographe. Gaston Rivière était un musicien exceptionnel qui fabriquait lui-même des vielles ; un homme charismatique, qui  était véritablement l’âme et le cœur de tels événements. Quelle expérience incroyable pour une Galloise !  Yvette et

Les Troubadours Bourbonnais habillés en costume traditionnel  The Bourbonnais Troubadours dressed in traditional costume

Les Troubadours Bourbonnais habillés en costume traditionnel.
The Bourbonnais Troubadours dressed in traditional costume.

moi sommes également allées à Oradour-sur-Glane,  qui a laissé une marque indélébile dans mon âme. J’aime Montluçon et je serai éternellement reconnaissante pour tout ce que les Carbonet ont fait pour moi.

Yvette avait deux ans de plus que Marguerite et moi. Elle a donc terminé ses études secondaires  avant nous. Elle est partie travailler à Paris, tandis que Marguerite et moi sommes devenues professeurs – moi de français et Marguerite d’anglais, bien évidemment.

1953,  Daniel, Marguerite, Gaston Rivières, Yvette et Grace 1953,  Daniel, Marguerite, Gaston Rivières, Yvette and Grace

1953, Daniel, Marguerite, Gaston Rivières, Yvette et Grace.
1953, Daniel, Marguerite, Gaston Rivières, Yvette and Grace.

Après une année d’enseignement, j’ai épousé Martin et j’avais hâte de lui faire découvrir la France. En 1959, nous sommes partis en moto ; nous avons d’abord passé une semaine chez Yvette et son mari  Dédé à Lagny-sur-Marne dans leur appartement joliment meublé.  Puis, Marguerite est venue nous rejoindre pour nous faire découvrir Paris, Fontainebleau et Versailles. Après une semaine très intéressante et très agréable, Marguerite, Yvette et moi sommes parties en voiture pour Montluçon, tandis que  Martin et Dédé suivaient en moto.  Un bel accueil français nous attendait. J’étais conquise

Le mariage d'Yvette et de Dédé Yvette and Dédé's wedding

Le mariage d’Yvette et de Dédé.
Yvette and Dédé’s wedding.

par la cuisine française, mais j’avais peine à boire  le vin de table, « vinaigre » pour mes papilles galloises, auquel  j’ajoutais du sucre, comble d’horreur pour M. Carbonet ; lequel, comble d’horreur pour moi, versait quant à lui du vin dans sa soupe…  Des us et coutumes, il ne faut point discuter.  Mme Carbonet prenait un malin plaisir à m’enseigner des petites chansons ou des adages un peu coquins, que j’étais invitée à réciter et à chanter chaque fois qu’il y avait des invités.

En 1960, Yvette, Dédé et Marguerite sont venus passer quelques semaines chez nous. C’était la première visite de Dédé et  nous les avons donc emmenés voir les sites historiques de Londres, ainsi que Windsor. Mais Yvette et Marguerite

Les premières vacances en France de Martin en 1959

Les premières vacances en France de Martin en 1959.

restaient très attachées au pays de Galles, et nous sommes donc retournés à Port Talbot. Les retrouvailles  avec mes parents ont été fantastiques. Nous n’avons jamais perdus de vue nos amis français ; Marguerite a épousé  Georges Renon, qui enseignait l’anglais, lui aussi.  Une année, les Renon et leur toute petite Sylviane sont venus chez nous à Londres. Ils ont fait plusieurs séjours en Grande-Bretagne au fil des années et nous sommes retournés plusieurs fois à Montluçon pour revoir nos chers amis. En

Yvette, Grace et Marguerite à Londres en 1960 Yvette, Grace and Marguerite in  London in 1960

Yvette, Grace et Marguerite à Londres en 1960.
Yvette, Grace and Marguerite in London in 1960.

 1990, en route vers la République Tchèque, nous sommes d’abord passés par Montluçon, et George et Marguerite nous ont gentiment prêté leur Citroën pour faire ce voyage. Au retour, nous nous sommes donné une autre occasion de séjourner chez eux et de revoir Yvette et Dédé.

Martin et moi avons émigré au Canada en 1975. En 1979, les Renon, les Regrain et Mme Carbonet ont pu passer les grandes vacances à Vancouver,  à une heure de route de chez nous. À notre tour, nous leur avons prêté un de nos véhicules pour leur permettre de découvrir les États-Unis – la région Ouest, Disneyland en Californie et le Grand Canyon en Arizona, notamment.

Dédé, Yvette, Grace, Mam et Marguerite au Pays de Galles en 1960. Dédé, Yvette, Grace, Mam and Marguerite in Wales in 1960.

Dédé, Yvette, Grace, Mam et Marguerite au Pays de Galles en 1960.
Dédé, Yvette, Grace, Mam and Marguerite in Wales in 1960.

Marguerite et moi partageons des intérêts communs, par notre parcours d’enseignantes tout d’abord. Parce que nous avions nous-mêmes bénéficié d’un programme d’échange, nous avons tenu à ce que nos élèves puissent profiter de la même expérience.  La première fois, j’enseignais le français à Chiswick, à Londres.  J’ai envoyé la liste et le profil d’une trentaine de mes élèves à Marguerite, qui s’est chargée de leur trouver des correspondantes françaises. À l’époque, Martin et moi possédions un autobus appelé ‘Blodwen’ qui servait au transport de notre groupe de  jeunes chrétiens.  Ce bus a fait l’aller-retour entre la France et la Grande-Bretagne.

Yvette, Dédé, Martin, Grace 1953

Yvette, Dédé, Martin, Grace 1953.

Martin au volant, il a transporté mon groupe d’élèves jusqu’à Paris, puis à Montluçon, ma ville française préférée, riche en souvenirs inoubliables. Cet échange fut un succès retentissant et nous a permis de passer 2 semaines chez les Renon, et de retrouver Yvette et Dédé.

En 1981, le deuxième programme d’échange a réuni mes élèves canadiennes et celles de Marguerite. Nous avons pu une fois de plus revoir Yvette, Marguerite et leurs familles respectives. Après notre rencontre initiale, notre relation avec Yvette et toute sa famille a évolué à l’image d’un petit caillou jeté dans un étang, et qui engendre toute une série d’ondes, de cercles qui s’étendent de proche en proche, jusqu’à couvrir toute la surface de l’eau.

Yvette avec son fils Marc Yvette with her son Marc

Yvette avec son fils Marc.
Yvette with her son Marc.

Mon rêve s’est réalisé grâce à Yvette. Et, vous l’aurez compris, il a grandi et s’est développé à partir « d’un petit caillou dans l’étang » jusqu’à toucher ma vie entière.  Je remercie Dieu de m’avoir donné le privilège de faire la connaissance d’Yvette et sa famille, il y a bien longtemps.  Comme le disait souvent Marguerite, « C’est la Providence » (une petite plaisanterie entre nous), parce qu’elle savait que nous n’y voyions pas de coïncidences, mais les points d’incidence de Dieu.

Nous avons vu Yvette pour la dernière fois en 2008. À l’occasion de notre 50e anniversaire de mariage, après avoir voyagé en Egypte et en Israël, nous avons voulu revenir à Montluçon avant de repartir au Canada.

Yvette et/and Grace 2008

Yvette et/and Grace 2008.

C’était une année seulement après la mort de Dédé et Yvette vivait encore dans un chagrin profond. Quelque chose en elle s’était éteint, et la vie semblait avoir perdu son sens. Sa douleur nous a fait beaucoup de peine.  Il y a quelques mois, j’avais écrit à Marguerite pour les inviter, Yvette et elle. Nous aurions tellement aimé les accueillir chez nous.

Mes très chers amis, nous vous renouvelons toutes nos condoléances. Vous êtes dans nos pensées et nous partageons votre peine.

Adieu Yvette, ma chère sœur française, je ne t’oublierai jamais.

Grace et Martin

 

 I decided to write to you first because it is easier to express my thoughts and my feelings regarding Yvette’s sudden death.  I was deeply saddened to receive the news, thanks to Jean-Yves, to whom I am deeply grateful.

My dear French friends, our French family, we want to offer you our most sincere condolences.  We want to assure you that you are in our thoughts, hearts and prayers.  Words can never adequately express our heartfelt sympathies and love for you all at this difficult time.  We have a solid friendship which will last as long as God gives us breath.  Over many decades, we have enjoyed so many warm and funny memories. It was wonderful when Dédé came into our lives; he was a generous and enthusiastic man who passionately loved his wife Yvette.  He and Martin got on so well together in spite of the language barrier; fortunately Martin has studied French in school but never had the opportunity to use it before meeting Dédé.

I can say without reservation that Yvette changed my life completely although she would never have thought so. I began to attend high school in Wales at the age of ten and half where I began to learn French.  In the first two years, French was certainly not my favorite subject. A really new concept for me in French was that all nouns are masculine or feminine which I disliked, and then those diabolical French irregular verbs which have so many exceptions.   However, when I was 12 years of age, my French teacher asked my class if we were interested in having French pen friends.  I was very happy to receive the name and address of a certain Yvette Carbonet and I immediately wrote to her and she replied by return of post.  This was a historic moment and it would forever shape my life. We wrote to each other almost every week and sent each other photos, post cards of our town and country and gifts.  As our friendship developed, I was determined to meet my correspondent one day in the future and my interest in French was ignited and quickly became a consuming passion. I began to devour the French dictionary (not literally!); I liked learning idiomatic expressions and I even used to have imaginary conversations with Yvette.

When I was 13 years of age my French teacher Miss Thorne, who was a veritable dragon but excellent teacher, organised a ten day winter holiday in a little village in the French Alps called Les Houches, not very far from Chamonix. The intention was that we would have skiing lessons. I wrote to Yvette to tell her that we were going to pass through Paris where we had a 3 hour wait at Gare St. Lazare.  By return of mail, Yvette told me that she would like to see me and that her father had offered to drive her to Paris which was approximately 200 miles from her home in Montluçon, just simply so that we could meet each other and spend these hours together.

My parents and Yvette’s played an important role in this whole scenario and contributed a lot to the success of our friendship. They were ready to do whatever it took to help us and to encourage us concerning our education and this was certainly part of it.  Both our parents were working class and I so appreciate the sacrifice my parents made to finance this event. Then it was obvious that the Carbonets were willing to go the extra mile too so that their daughter and I could meet for just a brief time.  It was December which meant that Mr. Carbonet would have to make this long journey in winter conditions.  On this occasion and many more, our parents demonstrated a real commitment to us in our education.

I was so excited to meet Yvette and it was the highlight of my first visit to France. After meeting Yvette, even more than ever, I wanted her to come to my home for a long summer holiday.  In the meantime, I was totally focused on learning French and I ended up becoming the most motivated girl in my class.  Years after my French teacher retired, she told my husband Martin that throughout her entire teaching career, she never had another student who was so passionate about French. I wanted to speak French so badly and so I found different means to accomplish it.  I lived in a seaside town where ships regularly brought cargo and, French boats in particular arrived loaded with iron ore, a mineral which was necessary to make steel.  In Port Talbot there were numerous industries including the largest steel plant in Europe. French sailors could be seen very often strolling down the main street in our town.  Every time I saw a sailor, I couldn’t resist initiating a conversation by asking him some prepared general questions in French and each time I did this I became more confident and even bolder. My parents had always advised me never to speak to strangers but the main street was always very busy and it was completely safe.

Another way for me to practice French was by talking to a Breton onion seller who used to go door to door to sell strings of French onions.  Two brothers, Yves and Louis, married two sisters and six months out of every year, they lived in my town.  They spoke good English but with a delightful strong Welsh accent which was so charming.  I spent a lot of Saturday mornings with their wives, who didn’t speak English, because they spent all day stringing the onions and while they worked, I had the opportunity to improve my French.    Then every morning before going to school, I listened to Radio Luxemburg, where I heard all the most recent popular songs of the ‘50s such as La Mer, Les Feuilles Mortes, Clopin Clopan, Mexico, Le Fiacre and songs of Edith Piaf, Yves Montand,Tino Rossi etc. I bought a lot of French gramophone records and played them on our gramophone. Whenever I heard a French song that I liked I used to write to Yvette to ask her if she could send me words of these songs. Once again she went the extra mile and bought me sheet music which included the words and music. In this way, I learned them by heart and was able to play them on the piano while I sang.  It was Yvette who helped me and encouraged me to improve my French.  Without her, I would never have accomplished my goal.  She was my inspiration that made me love and appreciate French, France and all things French. I can still hear her singing ‘Quand nous chanterons les temps des cerises”.

In 1952, my dream was finally realised.  The day came when I went to London on my own to meet Yvette and her sister Marguerite at Victoria Station in London.  I was on cloud nine.

A friend of my parents who lived in London invited Yvette, Marguerite and me to spend a few days at her home so that Marguerite and Yvette could visit the main London sites and she was our guide. After a very interesting stay, we went by train to Wales where my parents were eagerly waiting for us.  Marguerite went to the home of her pen friend but never felt at ease there, so my mother invited her to come and be with her sister.  I cannot describe the fun we enjoyed during those 6 weeks.  We got on so well together and this was the beginning of a friendship which has lasted up to the present. My father used to take Yvette and Marguerite in turn for rides on his motorbike.  We didn’t possess a car. My parents welcomed them heartily and quickly fell in love with these two lovely French teenagers.

In 1953, it was my joy to spend several weeks in Montluçon; I could never have wished for a better or more wonderful family. Just like my parents, Mr. and Mrs. Carbonet welcomed me warmly and made my holiday one that I would never forget.  Even today I can reflect on my first visit and still remember so many marvellous details.  Every Sunday, at noon the Montluçon Troubadours led by Gaston Rivière used to go to different towns in the area where they danced their traditional dances and also sang folk songs. Yvette and Marguerite were among the dancers of this group and Yvette played the ‘vielle’.  For me it was a completely unique and delightful experience.  I enjoyed watching them dance, the women in particular, stunningly dressed in colourful costumes with the most exquisite hats.  They often danced on boards or stone and the sound of the clogs would rhythmically resonate. I savoured every moment and I still possess several gramophone records of this special music; the drone of the ‘cornemuse’ (bagpipes) and the unique sound of the ‘vielle’ (hurdy gurdy). Gaston Riviere was such a gifted musician and made and sold ‘vielles’; he was a charismatic character and was the heart and soul of the party.  What an incredible experience for a Welsh girl!  Yvette and I also visited Oradour which was a very moving experience and it left an indelible mark on my soul. I love Montluçon and will be ever thankful for everything that the Carbonets did for me.

Yvette was 2 years older than Marguerite and me and therefore she finished her secondary education 2 years earlier than we did and went to live and work in Paris.  Subsequently she married Déde Regrain who had courted her for some years in Montluçon.  During this time Marguerite and I became teachers and guess what subject I taught?  Yes, that’s right – French and Marguerite, who was competent in English, became an English teacher.  After my first year teaching, I married Martin and I couldn’t wait to take him to France for the first time. So one year later, in 1959, we went there by motorcycle and spent one week at Yvette and Dédé’s well furnished and compact apartment in Lagny sur Marne. Marguerite came there to join us so that she could take us to see the famous sights of Paris. When the time came for us to go to Montluçon, Marguerite, Yvette and I travelled in Marguerite’s car and Martin and Déde went by motorcycle.  A big, warm French welcome awaited us.  I loved all French food but was unable to like “le vin ordinaire.” It was like drinking vinegar and even worse.  The only way I was able to drink it was by adding a lot of sugar.  Mr. Carbonet was totally shocked at this, as I was when I saw him pouring wine into his soup!  Mrs. Carbonet loved teaching me to recite or sing some adages which were funny but a little naughty.  When anyone came to her home she was eager for me to recite or sing them to everyone.  It probably sounded cuter and funnier to hear a foreigner saying such things.

In 1960 Yvette, Dédé and Marguerite came for a holiday to our home. It was Dédé’s first visit to London and Wales. We took them to see the historic places of London as well as Windsor. According to Yvette and Marguerite, it was Wales that they liked most of all, so after their stay in our home we all drove to Port Talbot to my parents’ home and everyone was so happy to be together again. We have always remained in contact with our French friends. Marguerite married George Renon, also an English teacher and they lived in Montluçon and held teaching posts in schools there.  One year when Sylviane (Georges and Marguerite’s firstborn) was still a baby, Marguerite and George came to our home to London.  From time to time we have returned to Montluçon to see these dear friends. In 1990, we wanted to visit the Czech Republic but we decided to go to Montluçon first and George and Marguerite kindly loaned us their Citroën so that we could drive from their town to the Czech Republic.  Again we managed to find another reason to spend time with them and with Yvette and Dédé.

Martin and I immigrated to Canada in 1975 and in about 1979 there was an opportunity for the Renons, the Regrains and Mrs. Carbonet to come to Vancouver.  I think they rented a house because there were so many of them.  They were only an hour’s drive away from us so we were able to spend time with them.  We were able to loan them one of our cars so that they could tour the western U.S including places like Disneyland in California and the Grand Canyon in Arizona.

Marguerite and I especially share mutual interests because we are both teachers.  When we were teenagers we had benefitted from a student exchange programme so we wanted to provide the same opportunity for our students. The first time that we organised such an exchange I lived and taught French in Chiswick, London.  I sent a list of the names of about 30 of my students who were interested in participating in this project together with their profiles. Then Marguerite put them in pairs according to their personalities and interests.  At that time, Martin and I possessed a bus which served as transportation for members of our Christian youth group. This became the means of travel for my students to France and back. We went first to Paris and then on to Montluçon We still enjoy looking at photographs we took on that trip which include a photo of the bus in front of the Eiffel Tower and another by a large sign that announced that we were entering  Montluçcon.  This exchange was an enormous success and it offered us the opportunity to spend 2 weeks in Marguerite and George’s home and of course time to spend with Yvette and Dédé.The second student exchange took place in 1981 between my Canadian students and those of Marguerite; it was history repeating itself and provided us yet again with an excuse to see Yvette, Marguerite and families!  My initial contact and developing relationship with Yvette and her whole family was rather like the throwing of a stone in a pond which creates ripples that move outward in all directions, covering the entire surface of the pond.  My dream came into being with Yvette, and I am sure you can see how it grew and grew from that “one small stone in the pond” until it affected my entire life.  I thank God for giving me the opportunity to become a pen friend with Yvette back all those decades ago.   As Marguerite used to say with a twinkle in her eye, “It’s Providence,” (a little joke between us) because she knew that we never believed in coincidences but saw everything as God’s incidents.

The last time we saw Yvette was in 2008; it was our 50th wedding anniversary. After travelling to Egypt and Israel, before returning to Canada we spent two weeks in Montluçon so that we could see our friends again.  At that time, Yvette was still deeply grieving the loss of her beloved Dédé who had passed away a year before.  It seemed as if the light had gone out of her eyes and life had lost its meaning.  It really saddened us to see her like that.   I wrote to Marguerite a number of months ago inviting her and Yvette to come to our home for a visit so that we could spoil them a little but it wasn’t to be.

We will continue to pray for you that you will find the strength to overcome the pain you are presently feeling .

Goodbye my dearest  French sister Yvette, I shall never forget you.

Grace and Martin

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